Mark Cohen au Bal

Wilkes-Barre, Pennsylvanie, un peu plus de 40.000 habitants. Mark Cohen est né là en 1943. Quand il avait 13 ans, on lui a offert un appareil photo en plastique. “Je vivais dans cette petite ville. Toute ma famille vivait là. Un de mes oncles avait un agrandisseur. Un autre m’a montré comment développer. J’ai commencé à faire des concours, j’ai été primé et je me suis intéressé de plus en plus à la photo”, raconte-t-il, lors d’une présentation à la presse.

Ses parents ne voulaient pas qu’il soit photographe, alors il a fait des études d’ingénieur, sans enthousiasme. Et il est retourné chez lui, à Wilkes-Barre, où il s’est marié. “J’ai ouvert un studio photo. Je faisais des portraits et des mariages.” Parallèlement, il poursuit un travail personnel qui est exposé à la George Eastman House, à la Light Gallery de New York, au MoMA. “Mais je n’étais pas vraiment sur la scène. Quand j’allais à New York, j’y passais quelques heures et je rentrais chez moi”, s’amuse-t-il.

Tous les jours, Mark Cohen se promène pendant une heure ou deux, son Leica à la main, équipé d’un 28 mm. Il ne vise jamais. Quand quelque chose attire son attention, il dit : “Avec les yeux, je peux voir le rectangle et tout d’un coup je prends la photo.” Il s’approche au plus près de son sujet, l’appareil à bout de bras, de façon très intrusive. Et il shoote, souvent au flash.

Au sous-sol du Bal, une ligne continue de ses photos, à hauteur d’yeux, a été installée tout autour de la grande salle. Des portraits, morceaux de personnages, pieds, bustes décapités, manteaux, côtoient des natures mortes.

Si Wilkes-Barre, ancienne ville minière, est en déclin, et s’il photographie surtout des gens modestes, il n’y a aucune intention documentaire dans le travail de Mark Cohen. Sa démarche est franchement instinctive. “Je n’ai pas d’idée claire de ce qui m’attire. Je n’ai pas de plan”, dit-il, au détour d’un cliché. “Je photographie cet homme de dos, sous la neige. Il n’y a aucune légitimité pour cette image. Je fais la photo, je développe, je la tire et voilà.”

Car c’est ainsi qu’il poursuit son travail, après sa promenade. “A l’époque, je faisais trois films en deux heures. Je les développais dans la foulée. Pendant qu’ils séchaient, j’allais dîner. Et après je faisais huit ou neuf tirages.” Ceux-ci étaient sélectionnés directement sur le négatif, et il y revenait rarement. Des milliers de photos n’ont jamais été tirées, même en planche contact.

Mark Cohen commente avec passion ses photos, comme ces trois bouts de pain de mie un peu flous, près d’une flaque (“Three pieces of bread near puddle”). Un petit bout d’ombre de bâtiment “fait tenir l’image”. “C’est ma photo préférée”, s’enthousiasme-t-il. Un gros plan sur un manteau en lainage lui fait penser à Mondrian (“Tweed coat, hand in pocket”). Il affectionne particulièrement les manteaux panthère, et “peu importe qu’ils soient vrais ou faux, puisque tout finit dans les sels d’argent”. Il aime aussi les boutons.

Mark Cohen se demande “comment faire une photo avec rien”, un poteau, le bord d’un trottoir et un mouchoir dans le caniveau.

Il nous livre le quotidien en morceaux, dans une vision surréaliste où les légendes ajoutent à la poésie subtile : “Three bare feet” (trois pieds nus), “Improvised beach” (plage improvisée, deux petits garçons sont allongés sur des journeaux), “Pear on blanket” (poire sur une couverture)…

Woman with red lips smoking, 1975
Woman with red lips smoking, 1975 © Mark Cohen

 

Mark Cohen, Dark Knees, 1969-2012, Le Bal, 6 impasse de la Défense, 75018 Paris
Du mercredi au vendredi : 12h-20h (le jeudi jusqu’à 22h)
Samedi : 11h-20h – dimanche : 11h-19h
Tarifs : 5€ / 4€
Du 27 septembre au 8 décembre 2013

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