Lisette Model au Jeu de Paume

L’exposition présente les moments forts de la carrière artistique de Lisette Model (1901-1983). Des œuvres réalisées dans les années 1930, à Paris, à Nice (sur la Promenade des anglais) et aux Etats-Unis de 1939 à 1956, comme dans les villes de New-York ou de San Francisco. Cette exposition au Jeu de Paume est également l’occasion de découvrir des documentaires sonores et filmiques, qui permettent de voir Lisette Model nous parler de son œuvre et de comprendre, entre autres, ses différentes collaborations avec des revues comme Harper’s Bazaar, US Camera ou encore Regards. Malgré tout, quelques bémols sont à souligner dans cette expositon, comme le manque d’informations, autrement dit de textes explicatifs (sur les différentes séries de l’artiste, par exemple), et la présence relativement incongrue d’un tableau du mari de Lisette Model, un peintre russe Esva Model, qui de fait conclut assez étrangement le parcours de l’exposition.

Lisette Model s’inscrit parfaitement dans le courant de la Street Photography. Cette pratique existe depuis le début de la photographie, mais se développe surtout dans les années 1940 à New-York. Une pratique essentiellement nourrie par la vie urbaine.

La rue devient le cadre, la scène de vie, et les passants, les sujets, les acteurs principaux de la photographie. Le quotidien est saisi et choisi, ce qui donne souvent à la photographie de rue une dimension décisive et instinctive. Un détail peut devenir une caractéristique d’une mode, d’un mode de vie, du quotidien de telle ou telle époque.

La Street Photography renvoie à de célèbres photographes comme Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Robert Frank, Diane Arbus (élève de Lisette Model), William Klein ou encore Gary Winogrand, qui a consacré sa vie à la photographie des rues de New York. C’est d’ailleurs dans cette même ville que Lisette Model passera la seconde moitié de sa vie ; où elle œuvre, entre autres, dans les bars, les quartiers populaires du Sud de Manhattan ou encore le Lower East Side, avec notamment des commandes pour la revue Harper’s Bazaar.

La ville et les bars deviennent des champs d’exploration et le genre humain un sujet. Comme dans « Pedestrians », qui est une série de piétons au milieu de la foule new-yorkaise. Une pratique qui appelle à la spontanéité et à vivre l’instant présent ; pour « avoir les deux pieds dans votre époque », comme Lisette Model le conseillait à ses élèves.

Lisette Model, Coney Island Bather [Baigneuse, Coney Island], New York, c. 1939-1941 Tirage gélatino-argentique d’époque. 50,5 x 40,5 cm Fundación MAPFRE, Madrid © The Lisette Model Foundation, Inc. (1983) Used by permission

L’artiste n’hésitait pas à photographier en gros plan, en contre-plongée ou encore à faire des cadrages radicaux, pour donner un regard franc dans ses clichés. Toujours dans son champ d’exploration de prédilection, la ville. Lisette Model est connue pour avoir réalisé de nombreux portraits d’inconnus. Mais aussi pour avoir travaillé sur des séries plus expérimentales et très significatives de ce que New York représentait pour elle, comme dans la série « Running Legs » qui renvoie à l’agitation citadine anonyme. Ou dans « Reflections », autre série qui rappelle notre société de consommation, avec des photographies qui montrent des parties de la ville projetées sur différentes vitrines de boutiques.

S’il existe une photographie très connue de Lisette Model, c’est sans aucun doute celle de la baigneuse en maillot noir, qu’elle photographia d’ailleurs à plusieurs reprises. Cette photographie illustre parfaitement l’humanité que recherchait instinctivement Lisette Model dans son travail. On y retrouve une femme de corpulence, qui désinhibe le corps, le plaisir et les complexes par son attitude, sa façon si naturelle et frontale de poser et bien sûr par le cadrage de Model.

Avec plus de trente ans de pratique photographique, Lisette Model nous laisse une œuvre riche, où elle a photographié de manière souvent frontale le genre humain, son quotidien et ses évolutions.

Exposition Lisette Model
Commissaire : Cristina Zelich
Exposition organisée par le Jeu de Paume et la Fundación MAPFRE
1, place de la Concorde – 75008 Paris – Métro Concorde (ligne 1, 8 et 12)

Entrée : 7 € – Tarif réduit : 5 €

www.jeudepaume.org

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1 Comment

  1. C\’est dans ce genre de cas de figure que l\’on se rend compte combien la photographie (certes professionnelle, pas celle entretenue par des millions de gens qui prennent des photos pourries mal-cadrées sur/sous exposées avec leur téléphone portable à bout de bras en se prenant pour Cartier Bresson) peut être puissante par rapport aux livres.
    Plein d\’auteurs se sont essayés à la narration/description d\’un univers, de tranches de vie, de choses pourtant simples mais emblématiques et symptomatiques de leur époque, et très nombreux sont ceux qui s\’y sont cassés les dents, car cela se raconte tellement difficilement, car c\’est simplement quelque chose à vivre et sûrement pas à lire. La photo, elle, parvient à immerger son spectateur, sûrement parce que c\’est un support \”muet\”, qui laisse chacun libre d\’interpréter cela à sa façon et de se raconter son histoire, là où le livre est nettement plus dirigiste, et ne propose souvent qu\’un angle. Au point même de dire que le livre est à cette \”description d\’une époque\” ce que le fait de devoir expliquer une blague que personne n\’a compris est à l\’humour : c\’est indigeste et fait perdre toute la saveur de ce qu\’on voulait raconter. Merci donc, la photographie :o)

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