L’agence de photojournalisme Sygma en dépôt de bilan

L’agence de photojournalisme Sygma été déclarée en cessation de paiement à la suite d’un contentieux juridique avec un ex-photographe, a indiqué vendredi le gérant de cette société de 29 salariés, filiale du groupe Corbis. Le gérant de la société Corbis Sygma, l’une des agences historiques de photojournalisme avec Sipa et Gamma, a indiqué avoir «déposé au tribunal de commerce de Paris une déclaration de cessation de paiement (dépôt de bilan) avec une demande de liquidation judiciaire».

L’audience doit avoir lieu mardi matin. «Je suis dans l’impossibilité de payer mes créanciers», a déclaré Stefan Biberfeld, gérant de Sygma, qui fut fondée en 1973 et a été rachetée en 1999 par le groupe américain Corbis, propriété personnelle de Bill Gates. «Cette impossibilité est due en grande partie à un jugement de la cour d’appel de Paris», fin avril, sur un contentieux concernant la perte d’images d’un ancien photographe de Sygma, a précisé Biberfeld. Dominique Aubert, photographe reporter à Sygma de 1987 à 1995, a demandé en 2003 une restitution de son matériel et de son oeuvre.

1973 – glaçeuse-sécheuse dans le laboratoire de l’agence APIS-Sygma © Jean-Pierre Laffont

La justice a constaté que «certaines images (750 sur 250.000) avaient été non retrouvées et estimé les dommages à 1,5 million d’euros», a expliqué le gérant. «Les archives étaient conçues pour les clients, par thématiques, pas pour être restituées à un photographe», a-t-il souligné. L’exécution du jugement «a entraîné la saisie de nos comptes bancaires, de nos biens immobiliers et de nos comptes clients», a-t-il ajouté. Ce responsable a préféré demander une liquidation plutôt qu’un redressement (le tribunal tranchera) car selon lui, «un repreneur serait confronté aux mêmes problématiques que pose cette jurisprudence».

D’autres contentieux sont en effet en cours avec d’autres photographes réclamant la restitution de leur matériel. «Economiquement notre structure ne pourrait pas tenir au vu des coûts de structure qui chaque mois sont dans le rouge depuis dix ans», selon Biberfeld. «Nos dettes fiscales s’élèvent à 73 millions d’euros sur ces dix dernières années. En 2009 nous avons essuyé 2 millions d’euros de pertes», a-t-il précisé. L’agence Sygma, qui fut l’une des plus grandes agences photographiques, avait été fondée en 1973 par Hubert Henrotte après un conflit avec l’agence Gamma. En 2001, 90 personnes dont 42 photographes avaient été licenciés dans le cadre d’un plan social. Une liquidation judiciaire entraînerait le licenciement des 29 derniers salariés. En janvier, le groupe Eyedea, qui coiffe notamment les agences photographiques Gamma et Rapho, a été déclaré en cessation de paiement. Quatre dossiers ont été déposés pour sa reprise.

(Source AFP)

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1 Comment

  1. Qu\’est-ce qu\’il y a de pire ? Que les agences coulent ? Ou que leurs \”employés\” (certes d\’un genre assez spécial) font ce qu\’ils peuvent pour y contribuer ?

    On peut effectivement mettre une partie des causes des maux frappant les agences sur les affres de la modernité conduisant à l\’appauvrissement technique de la couverture journalistique des évènements, mais là, ça me laisse dubitatif…d\’autant plus que d\’autres photographes s\’y mettent.

    Que comptent-ils faire ? Devenir tous des mercenaires se vendant aux plus offrant, et faisant éclater les derniers restes de l\’encadrement qu\’exerce les agences ? Ca ne ferait qu\’accélérer la lente mort de la profession, puisque tout le monde se tournerait alors vers les \”commandes\” à destination des secteurs les plus rentables (qui sont souvent les plus futiles).

    Allez, demain, je prends ma carte de presse, et muni de mon téléphone portable, je vais faire un publi-reportage exclusif sur la précarité des has-been du showbiz dans le XVIe arrondissement.

    Néanmoins, cette dernière vanne amère ne doit pas faire oublier qu\’aussi déplorable que soit la situation, il reste nécessaire de réinventer la profession. Les bons sentiments n\’ont jamais empêché l\’extinction de telle espèce, telle plante, tel pays, ou tel métier. Aussi noble qu\’il soit, son aura (teintée d\’un certain élitisme qui ne facilitera pas le sentiment d\’adhésion de masse à cette cause) ne le prémunit pas d\’une remise en cause profonde, comme le font d\’autres secteurs actuellement.

    Sympathique billet, qui permet aux non-experts de la technique photographique pure de trouver sujet à réaction…et expression.

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