Cinq photographes portent plainte contre l’agence Corbis

Ex-membres de l’agence Sygma, les photographes Dominique Aubert, Philippe Ledru, Michel Philippot, Moshe Milner et Derek Hudson ont déposé plainte, le 25 juillet 2011, contre la société personnelle du milliardaire Bill Gates, dont dépendait Corbis-Sygma pour “organisation frauduleuse d’insolvabilité, abus de confiance et abus de bien social”. En cause : la mise en valeur et la commercialisation des archives des photographes.

A l’heure où Sipa Press vient d’être rachetée par l’agence allemande DAPD, où Gamma-Rapho, désormais propriété du photographe François Lochon, ne vit plus que de ses archives, l’accusation « d’organisation frauduleuse d’insolvabilité, d’abus de confiance et d’abus de bien social » portée par les cinq anciens photographes de Corbis-Sygma, pose surtout la question de l’avenir des agences de presse. Et de la nécessité de trouver au plus vite un modèle de diffusion et une économie en phase avec le marché du photojournalisme.

C’est en 1973 que l’agence Sygma voit le jour à Paris. Elle s’impose très vite comme l’une des plus actives. « J’y suis entré en 1979 parce que c’était l’agence qui m’offrait le plus de possibilités », se souvient Michel Philippot. Il y reste dix ans, au cours desquels il couvre la Pologne, l’élection de François Mitterrand, la guerre civile au Salvador ou au Liban. Et puis, un jour de 1989, il en a eu assez de parcourir le monde. « Je suis rentré chez Gamma comme rédacteur en chef adjoint. Mais j’ai laissé mes archives chez Sygma. Elles se vendaient très bien ».

Sauf que depuis, Sygma n’a cessé de dépérir. Elle a d’abord dû faire face à la concurrence de la télévision. Puis à celle des agences filaires comme l’Agence France Presse qui ont très tôt fait le choix, judicieux, du numérique. Aussi, lorsque Corbis Corporation rachète Sygma en 1999, l’agence est déjà mal en point. « Corbis a maintenu Sygma à bout de bras », rappelle Sébastien Dupuy, qui était en charge des archives, et membre du comité d’entreprise de l’agence. En 2004, 20 millions d’euros sont investis dans un projet destiné à numériser les millions de photos du fonds de l’agence. Des contrats sont signés avec des photographes qui acceptent de céder l’exclusivité de la distribution de leurs images à Corbis contre leur mise en valeur et leur commercialisations assorties d’un versement de droits d’auteurs.

Corbis a aussi multiplié les erreurs stratégiques. «Elle a toujours agi à contretemps du marché», souligne Sébastien Dupuy, en bradant les photos de ses meilleurs éléments, en faisant trop tard le choix de produire beaucoup d’images à moindre coup. La valse des PDG de Corbis Corporation a entraîné des changements de cap permanents. Et l’arrêt, en plein vol, du projet de numérisation des images n’a rien arrangé. Aussi, lorsque la justice a obligé Corbis-Sygma à verser 1,5 millions d’euros au photographe Dominique Aubert parce qu’elle avait perdu 750 de ses images, Corbis a décidé de liquider l’agence. «Je ne crois pas que Corbis ait fait exprès de perdre ce procès, analyse l’ancien responsable des archives. Mais ça a été le moment opportun pour mettre la clé sous la porte. C’était d’autant plus choquant que les résultats annuels de Corbis-Sygma arrivaient à l’équilibre pour peu que Corbis-France lui paye sa dette».

Livrés à eux-même du fait de l’absence totale de communication de Corbis, les photographes n’ayant pas signé de contrats avec la maison mère doivent donc s’adresser au liquidateur judiciaire pour récupérer leurs droits et leurs photos. Pour ceux en contrat avec Corbis Corporation, il revient à cette dernière de mettre en valeur et commercialiser leurs archives. «J’ai fait des milliers de photos,explique Michel Philippot.

Moins de 400 sont numérisés. Si les journaux veulent avoir accès à mes images, ils doivent aller dans un entrepôt à Dreux pour consulter les archives de Sygma». Pire encore : la structure de vente de Corbis France a été fermée. Pour acquérir certaines photos, il faut désormais appeler Londres et les vendeurs n’ont aucune connaissance du fonds Sygma. D’où la colère légitime des photographes.

Et cette nouvelle plainte contre Corbis Corporation, qui souligne une fois de plus la déchéance des vieux modèles de diffusion de la photo de presse.

Source : http://www.telerama.fr, Yasmine Youss, 29/07/2011

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