Le site de photos Epic Stories floute la frontiere entre reportage et art

Il est facile de se perdre dans la fabrique à images Epic-Stories. Créée en début d’année, cette plateforme est à la fois une revue Internet de photoreportages (près d’une vingtaine de sujets sont déjà en ligne) et un site de vente de tirages d’art. Un croisement un peu incongru – une photo de reportage peut-elle prétendre décorer un salon comme une photo d’art classique ? – complètement assumé, comme nous l’explique  Jean-Matthieu Gautier, créateur d’Epic Stories, et lui-même photojournaliste.

Comment est né Epic-Stories ?
Le déclencheur a véritablement été la lecture du manifeste de la revue XXI pour un « autre journalisme », en janvier 2013 ; puis, la recherche d’un nouveau modèle économique viable pour le photojournalisme. Au départ, il était question de créer un média, mais très vite il fallait que ça touche un sujet que je connaissais (le reportage, le voyage) et que ce soit simple à mettre en place. Autour de la période de Noël, cette même année, de nombreux jeunes confrères photojournalistes ont proposé des tirages de leurs reportages sur les réseaux sociaux, comme « cadeau original ». Photoreporter de profession, j’ai décidé de mettre mon travail de côté, dans le but de créer une nouvelle plateforme qui propose de vendre des tirages de reportages sélectionnés à des particuliers.

Pourquoi les photojournalistes s’ouvrent-ils à de la vente de tirages ?
Aujourd’hui, un photographe peut partir en reportage sans forcément être assuré d’être publier et de rentabiliser son voyage. C’est l’aventure, il doit chercher de nouvelles sources de financement. D’où la course aux bourses, aux prix et aux levées de fonds via des services de crowdfunding… La vente de tirages peut être un moyen d’aider ces photojournalistes. Le message qu’on essaie de faire passer : venez soutenir de jeunes photojournalistes pour leur permettre de repartir.

Comment sélectionnez-vous les reportages ? 
Les photographes me contactent directement avec des propositions, on fait le tri à deux en tenant toujours compte de la ligne éditoriale d’Epic Stories. Sous forme de portfolio, les photos doivent retracer un bout d’histoire. Photographie documentaire, de reportage, de voyage ou de rue, la forme est assez libre. On présélectionne des images avec le photographe. Sur une quinzaine de clichés, huit peuvent prétendre à être accrochés un jour dans un intérieur. Ceux qui n’ont pas vocations à être commercialisés servent le reportage dans son ensemble.

Pourquoi mettre une photo de reportage dans son salon ?
Une photo de reportage peut avoir des qualités esthétiques et être considérée comme un « objet de décoration ». On a tendance à oublier, dans la recherche de l’instantanéité et du cœur de l’action, que le photoreporter, bien que d’abord journaliste, est également photographe. La photo de reportage est spectatrice de l’histoire, ce qui lui donne un caractère unique. Je pense ici au reportage documentaire « Haïti, si Dieu veut » de Corentin Fohlen, qui s’est rendu sur l’île tous les ans depuis le séisme du 12 janvier 2010. De même pour le sujet « L’Ukraine avant l’orage », réalisé au cours de l’été 2013 par Thierry Clech, soit moins d’un an la révolution de Maïdan. Ces photos ont vocations à se retrouver un jour dans un livre d’histoire.

Les tirages sont-ils limités ? 
Ils sont numérotés et limités à 350 exemplaires, ils n’entrent donc pas dans la législation des tirages d’art – une photo est une œuvre d’art si elle est éditée à trente exemplaires ou moins. Le choix d’Epic-Stories était de s’ouvrir à un public de non-collectionneurs. Le jeune couple qui s’installe et qui désire décorer son intérieur avec autre chose qu’une énième photo du pont de Brooklyn et une cabine téléphonique londonienne peut se rendre sur le site et trouver une image plus personnelle. Les prix oscillent entre 59 et 259 euros, selon les finitions.

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